Quel accès à la santé intégrative au-delà des établissements wellness ?
Ces dernières semaines, je suis tombée sur plusieurs publications Instagram de « personnalités » du bien-être ou du sport partageant leur expérience dans des cliniques ou des spas wellness. Leurs témoignages décrivaient des séjours pouvant aller de quelques jours à plusieurs semaines, dans des établissements proposant des thérapies personnalisées s’appuyant sur une approche holistique de la santé et du bien-être. De nombreux établissements dans le monde proposent aujourd’hui ces programmes, à la croisée de la médecine conventionnelle, de pratiques traditionnelles et de traitements technologiques, pour une approche plus préventive de la santé.
Le programme « Leader’s Performance » du SHA Wellness, par exemple, s’adresse aux cadres supérieurs que la clinique considère comme plus exposés au surmenage. À la clinique Tulah Wellness, en Inde, l’Ayurveda vient compléter la médecine conventionnelle dans des programmes comme le « Clinical Journey », consacré notamment à la prise en charge de pathologies chroniques. En Suisse, la « Cure Reset » de la clinique Nescens, plus médicale et technologique, permettrait d’agir sur certains mécanismes cellulaires et métaboliques afin de ralentir le vieillissement.
Les programmes proposés par les établissements wellness s’inscrivent dans le cadre de ce qu’on appelle plus largement la santé intégrative. Il s’agit d’une approche de la santé qui peut associer, lorsque cela est pertinent, médecine conventionnelle et pratiques traditionnelles ou complémentaires, pour une prise en charge plus globale du patient. Elle cherche notamment à prendre en compte plusieurs dimensions de la santé (physique, mentale, émotionnelle et parfois spirituelle) et à accorder une place plus importante à la prévention, aux habitudes de vie et à la relation entre le praticien et le patient.
La santé intégrative ne désigne donc pas une pratique médicale particulière. Elle renvoie plutôt à une manière d’organiser et de penser la prise en charge, en combinant différentes approches lorsqu’elles peuvent être pertinentes et qu’elles présentent des garanties suffisantes en matière de sécurité et d’efficacité.
Les premières informations que j’ai trouvées sur ces cliniques et spas expliquaient leur popularité par deux signaux émergents dans l’industrie wellness : l’intérêt croissant des consommateurs pour une approche plus proactive et préventive de leur santé (sport, thérapies douces ou traditionnelles, nutrition fonctionnelle, etc…) ainsi que le développement du tourisme wellness, à travers lequel les consommateurs cherchent à optimiser leur bien-être et à découvrir des pratiques liées à la longévité lors de séjours dans des établissements spécialisés. D’ici 2027, le segment du tourisme wellness devrait dépasser les 1 000 milliards de dollars, dans une industrie du wellness qui pesait déjà près de 7 000 milliards de dollars en 2024.
En découvrant la santé intégrative par le prisme de l’industrie wellness, j’ai immédiatement ressenti une dissonance. Comment une approche aussi globale, appliquée à un domaine aussi essentiel que la santé, pouvait-elle être principalement proposée sous la forme de séjours privés, parfois très coûteux, et donc difficilement accessibles à une grande partie de la population ?
Quelques recherches additionnelles m’ont permis de comprendre que cette tendance était en réalité le miroir d’une évolution beaucoup plus large, institutionnelle et internationale, de notre manière d’appréhender la santé et son accès.
Cette évolution passe notamment par la reconnaissance croissante, au niveau international, de ce que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) appelle les « médecines traditionnelles, complémentaires et intégratives » (MTCI). La notion est plus large que celle de santé intégrative : elle englobe des systèmes de médecine traditionnelle issus de différents contextes culturels, des pratiques complémentaires qui ne font pas partie de la médecine conventionnelle d’un pays, ainsi que la médecine intégrative lorsqu’elle associe des connaissances biomédicales à des pratiques traditionnelles et/ou complémentaires.
L’augmentation des maladies chroniques, les limites de certaines approches exclusivement pharmaceutiques et la demande croissante des patients pour une prise en charge plus globale ont également contribué au développement des MTCI à l’échelle mondiale. L’OMS souligne d’ailleurs que ces pratiques sont déjà largement utilisées dans de nombreux pays et que leur intégration peut notamment contribuer aux soins de santé primaires, à condition qu’elle soit appropriée et fondée sur des données probantes.
L’OMS travaille depuis plusieurs années à mieux documenter et encadrer ces pratiques, mais aussi à accompagner leur intégration dans les systèmes de santé lorsqu’elle est pertinente. Sa nouvelle stratégie mondiale pour la médecine traditionnelle, adoptée en 2025 pour la période 2025-2034, vise notamment à renforcer les données et la recherche, à garantir la sécurité et la qualité des pratiques et à soutenir les États membres dans l’élaboration de cadres adaptés. Cette évolution s’inscrit également dans deux principes fondamentaux de l’organisation : le droit de chacun au meilleur état de santé qu’il puisse atteindre et la nécessité de garantir un accès équitable à des services de santé sûrs, efficaces et de qualité, sans que cet accès soit déterminé par l’âge, le sexe, l’origine ou le statut socio-économique.
Mais la santé intégrative et, plus globalement, les MTCI ne sont pas des méthodes miracles. Le modèle conventionnel reste essentiel dans les situations qui nécessitent une intervention rapide ou lourde : urgences médicales et chirurgicales, traumatismes, soins intensifs ou situations mettant en jeu le pronostic vital. Ces approches plus globales cherchent plutôt à élargir la prise en charge lorsque cela est pertinent, en considérant également les habitudes de vie, la prévention, la relation entre le praticien et le patient et certaines pratiques traditionnelles ou complémentaires.
L’un des enjeux majeurs pour l’OMS et ses États membres est justement de déterminer comment intégrer ces différentes pratiques dans les parcours de soins tout en garantissant leur sécurité, leur qualité et leur pertinence. Les MTCI peuvent notamment trouver leur place dans certains parcours liés aux maladies chroniques, à la douleur, à la rééducation ou à la prévention, à condition que les pratiques utilisées soient évaluées et que leur sécurité soit assurée. L’OMS insiste aussi sur la nécessité de disposer de données fiables, de normes de qualité et de cadres réglementaires permettant de protéger les patients.
Les thérapies et les pratiques relevant des MTCI sont diverses et leur utilisation varie d’un pays à l’autre. Le nombre d’États membres de l’OMS dotés d’un cadre juridique et réglementaire pour la médecine traditionnelle, complémentaire et intégrative est ainsi passé progressivement de 45 en 1999 à 109 en 2018.
En Thaïlande, par exemple, le gouvernement s’est doté d’un Conseil thaïlandais de médecine traditionnelle, chargé de promouvoir l’enseignement des médecines traditionnelles, de veiller au respect des normes de qualité des praticiens et de délivrer les autorisations d’exercice.
En Inde, la National AYUSH Mission vise à promouvoir l’intégration de l’Ayurveda, du Yoga, de l’Unani, du Siddha et de l’homéopathie dans le système de santé conventionnel, en apportant un soutien financier et en développant les infrastructures nécessaires aux approches intégratives.
L’intérêt pour une meilleure accessibilité des MTCI à l’échelle nationale semble donc se confirmer, mais les États qui cherchent aujourd’hui à développer ces pratiques font face à plusieurs défis : développer la recherche et les données dans le domaine, financer ces recherches, former les praticiens et mettre en place des cadres permettant de protéger les patients. Autant de conditions nécessaires pour que ces approches puissent trouver une place pertinente dans les systèmes de santé, au-delà de l’industrie wellness.
SOURCES :
SHA Wellness (2026)
Tulah Clinic Wellness (2026)
Clinique Nescens (2026)
WHO Global Report on Traditional, Complementary and Integrative Medicine 2024 (Geneva: World Health Organization, 2025)
Global Traditional Medicine Strategy 2025-2034 (Geneva: World Health Organization, 2025)
Futuristic Medical Education and Integrative Medicine: A Global Perspective (Apollo Medicine, 2026)
2025 Global Wellness Economy Monitor (Global Wellness Institute, 2025)
The Wellness Economy: Definition, Size, and What's Driving Its Growth (EHL Insights, 2026)
Le top 22 des meilleures retraites wellness pour soigner le corps et l’esprit à travers le monde (Vogue France, 2026)
The $2 trillion global wellness market gets a millennial and Gen Z glow-up (McKinsey & Company, 2025)
Les meilleures cliniques wellness et medispa d’Asie (Luxe Wellness Club, 2026)
Clinique Nescens : la médecine préventive et anti-âge en Suisse (Luxe Wellness Club, 2026)