“Super El Niño” et ses conséquences à l’échelle mondiale

Un « Super El Niño » est en train de se former dans l'océan Pacifique. Et ses conséquences pourraient se faire ressentir sur l’ensemble de la planète.

À l'origine, El Niño est un phénomène climatique naturel. Avec La Niña, il fait partie d'un cycle appelé ENSO (El Niño Southern Oscillation), qui correspond aux variations de température de la surface de l'océan Pacifique. Ces variations modifient ensuite la circulation des vents, de l'humidité et des précipitations à l'échelle mondiale.

On parle d'El Niño lorsque la température de surface du Pacifique est supérieure d'au moins 0,5 °C à la normale pendant plusieurs mois. À l'inverse, La Niña correspond à un refroidissement anormal de ces mêmes eaux.

Certains épisodes sont beaucoup plus intenses. Lorsque le réchauffement dépasse environ 1,5 °C au-dessus de la moyenne, les scientifiques parlent de « Super El Niño ». C'était notamment le cas en 2024, lorsque certaines zones du Pacifique ont atteint près de 2 °C au-dessus des normales saisonnières.

Ces épisodes surviennent tous les deux à sept ans et durent généralement entre neuf et douze mois. Pourtant, leurs effets se prolongent souvent bien au-delà. En perturbant la répartition de la chaleur et de l'humidité dans l'atmosphère, ils modifient considérablement les régimes météorologiques à travers le monde.

Le résultat est paradoxal : certaines régions connaissent des sécheresses historiques tandis que d'autres subissent des pluies diluviennes. Le nord de l'Amérique du Sud, l'Amérique centrale, certaines parties de l'Asie du Sud ou encore l'Australie sont davantage exposés aux sécheresses. À l'inverse, le sud des États-Unis, une partie de l'Amérique du Sud, la Corne de l'Afrique ou l'Asie centrale peuvent connaître des précipitations exceptionnelles. El Niño influence également l'activité cyclonique : davantage de cyclones dans le Pacifique, mais généralement moins d'ouragans dans l'Atlantique.

Concrètement, cela signifie des vagues de chaleur pouvant dépasser de plusieurs degrés les normales dans des régions déjà très chaudes, des inondations extrêmes, une intensification des feux de forêt qui libèrent encore davantage de carbone dans l'atmosphère, une baisse des rendements agricoles, une hausse du prix de certaines denrées de base comme le riz ou le maïs, des épisodes d'insécurité alimentaire, un déclin des ressources halieutiques dans certaines zones et une prolifération des moustiques et des maladies qu'ils transmettent.

Depuis les années 1960, un cercle vicieux semble progressivement s'installer. Plusieurs études suggèrent que le réchauffement climatique augmente la fréquence et l'intensité des épisodes El Niño. En retour, ces derniers amplifient certains effets du changement climatique en faisant grimper les températures mondiales et en favorisant les événements météorologiques extrêmes.

En ce qui concerne les chaleurs extrêmes induites par ce Super El Niño, elles devraient être principalement ressentis en 2027. La chaleur extrême est aujourd'hui le phénomène météorologique le plus meurtrier, devant les inondations, les ouragans ou les incendies, et pas que pour les êtres humaines. Les récifs coralliens par exemple, déjà fragilisés par le réchauffement climatique et l'acidification des océans, subissent eux aussi un stress supplémentaire lors des épisodes El Niño. En France, lors d'un des épisodes caniculaires de juin 2026, plusieurs milliers d'animaux d'élevage et de la faune sauvage ont trouvé la mort.

Face à ces risques, les experts plaident pour un changement de stratégie. Ils recommandent notamment de considérer les chaleurs extrêmes comme de véritables situations d'urgence, au même titre que les inondations ou les cyclones, avec des financements dédiés à leur prévention et à la réduction de leurs impacts (en plus des efforts de lutte contre le réchauffement climatique).

Certains pays commencent déjà à s'organiser. Au Royaume-Uni, une « National Heat Risk Commission » réunit des représentants du gouvernement, du secteur de la santé, des infrastructures, de la finance et de la société civile afin de préparer le pays aux vagues de chaleur. À Freetown, en Sierra Leone, la municipalité a même nommé un « Chief Heat Officer », chargé de coordonner la réponse de la ville face aux températures extrêmes. Une initiative particulièrement importante sur un continent qui ne représente qu'environ 2 à 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais qui figure parmi les plus vulnérables au changement climatique.

À l'inverse, certaines administrations peinent encore à prendre la mesure de l'enjeu. Aux États-Unis, l'administration Trump a supprimé plusieurs financements destinés à élaborer des stratégies nationales face aux risques sanitaires et économiques liés aux chaleurs extrêmes. À l'échelle fédérale, il n'existe toujours ni obligation de déclarer un état d'urgence en cas de chaleur extrême, ni autorité unique chargée de coordonner la réponse à ces événements.

Pour les inondations, les recommandations sont différentes : améliorer les systèmes d'alerte, renforcer les bâtiments, planifier les itinéraires d'évacuation et prépositionner des réserves d'eau, de nourriture et de matériel d'urgence.

L'impact d’El Niño est aussi économique et peut atteindre les milliers de milliards de dollars. L'épisode de 1997-1998 aurait entraîné près de 5 700 milliards de dollars de pertes pour l'économie mondiale. D'ici à 2030, la combinaison entre El Niño et le changement climatique pourrait coûter près de 2 000 milliards de dollars par an.

SOURCES

Super El Niño: what it is and how it affects weather around the world (Balkan Green Energy news, 2026)

A super El Niño looks likely this year. Here’s how to limit the worst of its deadly heat (Council of foreign relations, 2026)

Comment le premier thermicien en chef d’Afrique contribue à rendre Freetown plus résiliente (UrbanShift, 2023)

El Niño under way and threatens weather extremes, scientists say (BBC, 2026)

How an El Nino-driven drought brought hunger to southern africa ( Yale School of environment, 2024)

Here are 10 ways a “super” El Nino could impact the planet (The Guardian, 2026

Towards a more resilient Phoenix: How one desert city is tackling extreme heat challenges (International Institute for sustainable development, 2023)

“Super El Niño” is Terrible News for Farmers around the World (Mother Jones, 2026)

Joseph Membré

Passionné de belles marques et de branding, je suis tombé amoureux du webdesign en 2012. Depuis, j’accompagne mes clients à la création de leur marque, et de leur présence en ligne. Fervant supporter de Squarespace et Shopify - j’aide à faire connaître ces plateformes qui ont clairement changé le game dans l’univers du webdesign. Toujours en veille, je me forme constamment sur les derniers outils et tendances du web afin de rester au top

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